dimanche
17août2008
Longtemps, j'ai fumé de bonne heure ...
dimanche 17 août 2008, 00h59 
J'ai du mal à le croire moi-même: un paquet et demi de cigarettes par jour pendant 16 ans et puis plus rien.
J'ai été un fumeur insouciant durant 14 ans , un de ceux qui emmerdent le monde, qui l'assument, le justifient même par des raisonnements fallacieux . Cela donnait à peu près ce genre de discours :"Fumer , c'est se révolter un peu, contre notre misérable condition d'être humain, c'est prendre un peu le contrôle de son existence, en convoquant volontairement la mort à chaque bouffée, plutôt que de la laisser nous prendre à sa guise". Je n'y croyais pas vraiment, mais il fallait bien mettre un peu de panache à ce qui n'est simplement qu'une abdication pure et simple de sa volonté face à un démon bien trop puissant. J'ai été le genre de fumeur à descendre prendre sa dose de nicotine toutes les heures au boulot , en vacances, le genre à passer la moitié d'une soirée sur un balcon à -4 degrés lors de dîners non-fumeur. Et quant ma petite dose de poison venait à manquer, j'écumais mes propres cendriers à la recherche du mégot d'exception, vous savez celui qui vous donnera ces 2 ou trois taffes brûlantes mais néanmoins libératrices.
Puis un jour je suis devenu papa... et là, je suis devenu un fumeur contrarié. Je me suis mis à penser à ma propre mort, non pas que j'accorde à ma vie un très grand prix, mais l'idée de partir prématurément sans avoir pu assumer mon rôle de père jusqu'à ce que ma petite princesse soit devenue grande et autonome, l'idée qu'elle puisse souffrir de ma disparition m'est devenue insupportable. Je n'allumais plus la télé lors de la journée mondiale sans tabac , me bouchait les oreilles à chaque reportage sur les méfaits du tabac. Ma femme, m'a acheté il y a un an, le fameux bouquin d'Allen Carr , "La méthode simple pour arrêter de fumer" : il est resté sur la table basse du salon pendant un an sans même que j'ose le toucher. Petit à petit, cigarette après cigarette, ma culpabilité grandissait. Culpabilité accrue par la violence du regard de notre société qui pourrait se résumer à un "tu fumes ? tu n'aimes donc pas tes enfants." (sic). Je tiens à remettre les points sur les "i" à cette catégorie de non-fumeurs qui se permettent ce genre de jugement. Si le fait de fumer est un "vice préjudiciable" (je préfère le terme d'addiction, ou de toxicomanie), ne pas fumer ne constitue en aucun cas une vertu qui vous mettrait au-dessus des autres. C'est juste normal, d'une banalité absolue en fait.
Cela fait un mois aujourd'hui, et c'est beaucoup plus facile que je ne l'imaginais. Ne voyez aucune forfanterie dans cette assertion, c'est en fait assez facile. Voici comment j'ai arrêté de fumer .
PS : pour ceux qui ne l'auraient pas remarqué, le titre est un emprunt (détourné) de l'incipit de "Du côté de chez Swann" de Proust,
"Longtemps je me suis couché de bonne heure..."




Reader Comments (5)
J'en ai vu beaucoup des fumeurs essayés d'arrêter, et la plupart n'y sont pas arrivés...
Donc je pense que ta "facilité" est dû au fait que tu arrêtes pour une cause importante, ta fille. Et comme tu dis tu le fais surement plus pour elle que pour toi, ce qui est honorable ;) .
Je souhaite vraiment que cette tentative soit la bonne et que tu te débarrasses de cette saloperie! Courage! ;-)
Félicitations pour ce blog et bonne continuation!
B'jour,
Moi aussi, au siècle dernier j'ai cessé comme ça, un samedi matin au pieu en train de flemasser après le café et les premières petites clopes. Moi aussi j'avais lu le bouquin. Et depuis je n'ai pas refumé et n'en ai plus envie. Mystère !
En fait cela s'explique : ton inconscient, celui qui te fait aimer ta princesse et j'espère aussi sa maman, il a fait tout le boulot. L'inconscient est là, disponible pour toi 24 heures sur 24, sans que tu aies à faire d'effort. C'est super d'arrêter comme ça, et j'en ai fait mon métier, pour partager ce qui apparaît comme un miracle. Plus c'est facile, plus c'est fiable. Tu n'as pas à te battre contre rien ni personne, l'affaire est définitivement règlée (faire gaffe quand même car la bête te titillera à l'occasion encore durant des années).
Voilà, j'ai écrit un petit papier sur la question : Arrêt du tabac. Jettes-y un oeil.
L'arrêt 'franc', direct comme ça est en fait très courant. Le problème c'est que nos médecins taba-coco-logues en ignorent l'existence car évidemment ceux qui le pratiquent ne consultent pas... C'est comme si l'on n'étudiait la consommation d'alcool qu'avec les alcooliques fréquentant les AA : il y aurait comme un biais !
Je tiens aussi un blog un peu spécialisé sur la question des méthodes d'arrêt du tabac et de l'enfumage qui nous est fait : unairneuf.org
Bon vent à toi et à ta petite famille. N'oublies jamais que c'est d'abord pour toi que tu as fait ça, pour ton bien-être. Il y a avantage à être égoïste : ce sera mon seul conseil.
@shuji et Pekalou : Merci pour vos encouragements les gars. Et Pekalou, arrêtes de faire de tours de rocade au volant de ton bolide.
@Randall : Merci pour le conseil. cela me titille encore et je pense que l'on n'est jamais vraiment complètement tiré d'affaire (c'est peut-être comparable aux rapports que continuent d'entretenir les alcooliques abstinents avec l'alcool, des années encore après leur sevrage. C'est marrant que tu en aies fait ton métier, parce que j'y ai moi-même pensé. Pour ce qui est de mon arrêt, il n'est pas complétement franc selon ta définition dans la mesure où j'ai tout de même utilisé des substituts nicotiniques (patchs) endant 2 semaines.Bravo pour tes sites et bonne continuation.
PS : il est bien possible que je te sollicite un de ces jours pour des conseils concernant le portage salarial.
Il semble que ce soit une caractéristique de beaucoup d'addictions que l'on cesse sans en avoir fait complètement le deuil : il arrive que ça nous titille. Et si l'on doute un peu le désir trouvera une occasion pour nous faire replonger. Classique.
Il faut savoir que le tabagisme crée une forte sensibilisation : il suffit d'une toute petite dose pour réenclencher le cycle consommation -> manque -> consommation. La nicotine est probablement le produit qui crée le plus vite et le plus fortement cette sensibilisation : c'est la raison de notre faible tempérance. Un écart et l'on rechute : pour les femmes mon expérience c'est : à 100 %. J'ai vu quelques hommes avec un (1) écart dans les premiers jours s'en sortir. Mais c'est assez rare. Donc : plus une taf ! A vie. C'est pour tout le monde pareil et la volonté est impuissante contre ce genre d'automatisme comme respirer ou pisser : on peut se retenir quelque temps mais ça ne dure pas.
Déçu d'apprendre que tu as pris des patchs, mais si ton affaire marche, c'est bien comme ça. Aujourd'hui tu n'en aurais plus besoin, le sevrage est derrière toi, tu ne ressens plus de manque. Des désirs de clope de temps en temps oui, mais ce n'est pas du manque, juste le souvenir de ce que tu ressentais à le soulager, quelque chose mémorisé comme plaisant. En réalité comme le dit ton auteur (à relire à l'occasion), il n'y a pas de réel plaisir à cesser de se faire mal !
OK pour des infos sur le portage. J'ai connu Intervenance avant Valor. Il faut se trouver ses clients dans tous les cas !